L’administration veille

Le développement du village de Marengo ne passait pas inaperçu aux yeux de l’administration coloniale. Le 3 septembre 1850, le Gouvernement Général d’Algérie, représenté par Gustave Mercier-Lacombe¹, fit envoyer 1200 arbres à destination de la colonie agricole.
La lettre, numérotée 7091 et portant la mention marginale « En transmission de l’envoi de 1200 arbres pour Marengo », était adressée au Commandant la place de Cherchell, le Colonel Charles Vergé², avec des instructions claires :
« Colonel, le courrier de ce jour est chargé de 1200 arbres destinés à la colonie agricole de Marengo. Vous trouverez ci-joint l’état de ces arbres, classés par essence. Veuillez les faire parvenir sans retard à leur destination. »
Alger, le 3 septembre 1850. Signé Mercier-Lacombe, Secrétaire Général du Gouvernement.

Un geste symbolique autant que pratique
Cet envoi, modeste en apparence, témoigne de l’attention portée par le Gouvernement Général au fragile village de Marengo, à peine sorti de la terrible épidémie de choléra de l’automne précédent. Planter des arbres, c’est affirmer que la colonie a de l’avenir, que l’on y croit, que l’on s’y projette dans le temps long.
La lettre porte en haut la mention manuscrite de Vergé en italique « Au Capitaine de Malglaive le 4 sept 1850 », confirmant que le directeur de la colonie en fut immédiatement destinataire.
Pourquoi des arbres ?
La lettre mentionne un état des arbres classés par essence, joint à l’envoi, malheureusement non retrouvé à ce jour. Eucalyptus pour assécher les marais pestilentiels de la plaine ? Arbres fruitiers pour nourrir les colons ? Arbres d’ombrage pour rendre le village vivable sous le soleil algérien ? Peut-être les trois à la fois. La question reste ouverte….
Notes
¹ Gustave Mercier-Lacombe (13 mai 1815 – 21 octobre 1874) est un préfet sous le Second Empire et gouverneur civil d’Algérie. Auditeur au Conseil d’État de 1839 à 1844, il devient secrétaire particulier du général Bugeaud, gouverneur général de l’Algérie, en 1841. Il occupe ensuite plusieurs postes de direction dans l’administration civile algérienne avant d’être nommé Secrétaire Général du Gouvernement de l’Algérie le 8 février 1849, troisième personnage du territoire.
² Charles Nicolas Vergé (Toul, 7 décembre 1809 – Versailles, 30 juin 1893) entre au service en décembre 1830 et est immédiatement envoyé en Algérie, où il effectuera l’essentiel de sa carrière. Affecté au 1er bataillon de Zouaves, il apprend la langue arabe et leurs coutumes et s’engage dans le premier bureau arabe organisé par le capitaine Pélissier. Il gravit les échelons : sous-lieutenant à la Légion étrangère en 1834, lieutenant en 1835, capitaine en 1838. En 1850, il commande la place de Cherchell, jouant un rôle d’interface essentiel entre le Gouvernement Général et les nouvelles colonies agricoles de la région, dont Marengo. Il poursuit sa carrière lors de la guerre de Crimée, de la campagne d’Italie de 1859 et de la guerre franco-allemande de 1870, où il est fait prisonnier après la reddition de Metz. Il finit sa carrière au grade de Général de division, Grand-Croix de la Légion d’honneur.
Source : Wikipedia, Charles Nicolas Vergé et Gustave Mercier-Lacombe. Archives personnelles de l’auteur.
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